Remplacer Mühleberg nucléaire ? Exclu !

Résumé

Il ne suffit pas de faire des sommes de sources d’énergies renouvelables présentes en Suisse, pour prévoir d’arrêter sans coup férir ses centrales nucléaires. Le captage de ces sources se heurte à des obstacles infranchissables, en physique élémentaire: les responsables de la stratégie énergétique suisse sont inexcusables de nous avoir entraînés dans ces délires financiers et dans ce guêpier ! 

*   *   *

§ Caractéristiques estimées des énergies renouvelables (ci-après « renouvelables »).

En Suisse, les éoliennes  fonctionnent à bon rendement, sauf exceptions pour des emplacements particulièrement favorables, environ 25% du temps en moyenne annuelle. 

Les parcs photovoltaïques fonctionnent à bon rendement dans les 1’000 heures par an, à savoir un peu moins de 12% du temps, avec un trou de production sur 6 mois de la mauvaise saison; à leur sujet, il faut se souvenir qu’ils ne sont pas durables, selon les travaux de l’ingénieur ETHZ Ferroni: voir   Photovoltaïque: un gouffre énergétique

Dans les calculs, pour le moment, les durées de révisions et les taux de pannes sont peu évoqués; on admettra que la durée des intervalles sans production sera suffisante pour les mettre à profit pour dépannages et révisions. 

Après les abandons des forages de Bâle et de St-Gall, il faut rappeler que la géothermie profonde n’est vraisemblablement pas exploitable en Suisse, le flux thermique alimentant la zone de captage étant très faible. Voir pour documentation

  Géothermie profonde en Pays de Vaud

  Géothermie à Genève: quelle aventure !   

§ Mühleberg est la plus petite de nos centrales nucléaires en Suisse (puissance 373 MW et 3’117 GWH de production en 2012, selon leur propriétaire, les BKW), qui représente environ 12% de la puissance de toutes les centrales nucléaires suisses. Une centrale nucléaire tourne à plein rendement 92% du temps, les 8% restants étant consacrés en été à une révision annuelle de fond en comble et de renouvellement d’une partie du combustible. Voilà ce qu’il faudrait remplacer.

§ Lors du processus d’accumulations, puis de restitutions d’énergie, il faut compter avec des pertes d’un ordre de 25% : il s’agit ici de stockage par pompage-turbinage hydraulique. D’autre part, pour comparaison, la durée d’exploitation maximale annuelle à pleine puissance (1’900 MW) du plus grand barrage de Suisse est de 800 heures par année, ceux qui sont rechargeables un à deux ordres de grandeur moins longtemps.

§ Calculs des puissances, faits pas à pas pour des éoliennes – et des barrages d’accumulation à deux lacs – censés remplacer Mühleberg nucléaire:

Remplacement direct: 373 MW statistiquement pendant les 2’190 heures avec production (3 mois sur 12, soit 25% du temps).

Turbinage: 373 MW statistiquement pendant les 5’840 heures des 8 mois sans production.

Arrêts : les 730 heures d’un mois, comme pour la centrale nucléaire à remplacer.

Accumulation = (373 x 125% x (8 mois/3 mois))  = 1’243 MW , puissance absorbée pendant les 2’190 heures de production, pour les 5’840 heures sans production, en incluant les pertes.

Puissance des éoliennes = (Remplacement direct + Accumulation)  = 1’616 MW

Conclusion: il y aurait donc besoin de 808 éoliennes (!) de 2 MW en état de marche, pour fournir la puissance requise.

§ Les fréquences aléatoires où se succèdent les phases de production et de restitution, ont entraîné les pays dotés de grands parcs éoliens et surtout photovoltaïques, à assurer la stabilisation du réseau électrique par de grandes centrales à charbon.  A fréquences de ces phases élevées, on devrait pouvoir réutiliser indéfiniment l’eau de deux grands lacs, mais ce n’est dans la pratique pas le cas, la capacité des bassins étant beaucoup trop petite. Il est résulté de l’apparition du charbon la surproduction perpétuelle, structurelle, que nous connaissons … et son corollaire, le dumping en train de ruiner les détenteurs de barrages suisses. 

Nous n’aurons donc jamais d’installations hydrauliques d’accumulation avec assez d’eau à disposition, ni en perspective des parcs de renouvelables en nombres et en puissances suffisants, qui approcheraient ces performances: on ne sera ainsi techniquement pas capable de remplacer la plus petite des centrales nucléaires suisses, a fortiori toutes les centrales – la Suisse sera ainsi encore bien moins capable de servir l’Europe … Relire l’article prémonitoire d’un autre auteur du blog :

 Mühleberg, un remplacement difficile

En Allemagne, on remplace le nucléaire en partie par des renouvelables (à coûts exorbitants pour le consommateur et pour le contribuable), mais surtout par beaucoup de charbon: du point de vue écologique, c’est de la flibuste !

En Suisse, ce sera par des importations qu’on sera obligé de le faire – ou plus raisonnablement par de nouvelles centrales nucléaires, dont les constructions (subventionnées pour contrer le dumping étranger) devraient être lancées depuis des années … En effet, le nucléaire civil n’étant pas dangereux, son arrêt de principe va être un sacrifice inutile. Documentation:

  L’opposition au nucléaire est devenue infondée

   Revenir sans tarder au nucléaire

Conclusion

Quand on vous dit qu’on va pouvoir remplacer l’énergie nucléaire par des énergies renouvelables, on vous trompe grossièrement: dans les technologies actuelles, c’est physiquement exclu. 

André Bovay-Rohr, Colombier (VD), le 19.5.2014, rév. 21.11.2015

*   *   *

PS: A la suite de commentaires d’experts sur les premières publications depuis le 12 mai 2014, vous lisez ici une nouvelle édition, revue et augmentée: mes données étaient trop optimistes, en particulier sur les performances du photovoltaïque; il y avait aussi des erreurs: mes premiers lecteurs ont à juste titre demandé des rectifications.

Cela n’a malheureusement rien changé à sa triste conclusion. 


André Bovay-Rohr, Colombier (VD), le 19.5.2014

*   *   *

 

Commentaire

Le présent est parvenu par voie privée, dont voici un extrait, selon permission de son auteur, très intéressant pour notre propos !

L’éditeur, le 3.8.2014.

 

«… Exemple le parc éolien de Mont Crosin (… le plus ancien et le plus grand parc actuel de Suisse)  

puissance installée: 29’200 kW

production 2013:  40’898’337 kWh

cela correspond à env. 1’400 heures de vent à pleine puissance, soit 15 % des 8760 heures de l’année.

Sources:

http://wind-data.ch/wka/wka.php?wka=MTC

http://www.juvent.ch/centrale-eolienne-197.html

Je fais pas mal de voile sur le Léman: cela correspond à ma petite statistique personnelle: sur 10 h de navigation, 2h de voile pour 8h de diesel (entre lacustres on dit aussi le spi Yanmar) …

Jean-François Dupont, Pampigny, le 15.7.2014

 *   *   * 

Commentaire 

Calculs des puissances, refaits pas à pas pour des éoliennes ou des parcs photovoltaïques bien situés, fonctionnant n’importe quand – et des barrages d’accumulation à deux lacs ou autre technologie équivalente – censés remplacer la seule usine Mühleberg électro-nucléaire; NB: l’énergie accumulée à petite puissance (par vent faible ou par demi-soleil) est décomptée dans le total en KWH, divisé par la puissance nominale pour avoir les 1’400 heures (donnée expérimentale calculée par M. Dupont pour les éoliennes du Mont Crosin) à puissance nominale équivalente.

Remplacement direct: 373 MW statistiquement pendant les 1’400 heures (soit environ 15% du temps) avec production à pleine puissance nominale.

Arrêts : les 730 heures d’un mois, comme pour la centrale nucléaire à remplacer.

Turbinage (utilisation des accumulateurs): 373 MW statistiquement pendant les 6’630 heures sans production.

Accumulation = (373 x 125% x (6’630/1’400))  = 2’208 MW , puissance absorbée pendant les 1’400 heures de production, pour les 6’630 heures sans production, en incluant les pertes.

Puissance des éoliennes et autres parcs = (Remplacement direct + Accumulation)  =  2’581 MW

Conclusion: il y aurait donc besoin de 1’291 éoliennes ou parcs photovoltaïques de 2 MW en état de marche, pour fournir la puissance requise pour le remplacement de la plus petite de nos centrales nucléaires. Ces données de terrain montrent que la situation réelle est encore pire que la situation précédemment estimée.  

André Bovay-Rohr, Colombier (VD), le 5.8.2014

*   *   *

Commentaire

Pour faire les calculs (de cadrage du problème) utilisés dans le présent article, il a fallu faire des hypothèses, quant à la forme mathématique des sources d’électricité et des accumulateurs en Suisse (pour les éoliennes, l’énergie primaire contenue dans le vent est comme la puissance 3 de sa vitesse; par exemple, deux fois moins de vent, huit fois moins d’énergie primaire). La remarque principale est que les sources nouvelles (« renouvelables », éoliennes et parcs photovoltaïques PV) sont intermittentes et que l’ensemble va devoir remplacer des sources à fonctionnement continu anciennes (thermiques, en Suisse les centrales nucléaires, puissance totale 3’200 MW et production annuelle de l’ordre de 25 milliards de KWH, alias 25 TWH, à pleine puissance plus de 8’000 heures par an).

Aussi bien les éoliennes que les PV sont à fourniture discrète, ce qui peut se transformer en impulsions carrées dans une simulation de réseau de (Gustav) Kirchhoff – du tout ou rien pour simplifier les calculs – chaque impulsion devant cependant rester localisée sur l’instant correspondant à son centre. Pour illustrer, voir le graphique dans :

 http://www.entrelemanetjura.ch/BLOG_WP_351/lexperience-electrique-de-lallemagne/   en tenant compte du fait que les éoliennes allemandes ont un vent en général bien meilleur qu’en Suisse. Ce graphique montre ce qui arrive (à l’échelle 10 par rapport à la Suisse) quand on a été forcé d’assurer la stabilité du réseau électrique minute par minute sans nucléaire …

Pour faire le calcul des puissances en jeu, on remarquera que le facteur de charge (somme des heures de fonctionnement des sources nouvelles à pleine puissance) mène aux équations:

(Facteur de charge des sources nouvelles %) = (Facteur de charge des sources nouvelles) / 8’760   où 8’760 est le nombre d’heures de l’année.

(Puissance des sources nouvelles) = (puissance à remplacer) + (puissance de charge des accumulateurs + pertes)

On vérifie sur plusieurs exemples simples qu’avec des impulsions carrées normées, la production des sources nouvelles répond à l’équation simple, en heures annuelles :

(Facteur de charge des accumulateurs) = 8’760 – (Facteur de charges des sources nouvelles) 

La (puissance de charge des accumulateurs) est alors d’autant plus grande, que le (facteur de charge des sources nouvelles%) est petit. Cette équation permet d’estimer la puissance totale nécessaire des nouvelles sources – et la puissance que devront absorber les accumulateurs – dans tous les cas, même le pire. Faire l’exercice pour des cas simples: remplacer une centrale de 400 MW et 3 TWH; 12H de vent et 12 heures de calme toute l’année; on trouvera ce genre de conditions dans des îles soumises aux alizés. Refaire le même exercice pour 6 mois de vent consécutifs et 6 mois de calme plat. Estimer puissances et capacités des accumulateurs dans les deux cas. 

On aura constaté que cette équation ne permet pas de calculer directement la capacité utilisée des accumulateurs, qui dépend de l’instant et de la durée où ils vont être sollicités entre phases de production: plus le temps de sollicitation est long, plus la capacité nécessaire augmente; or en Suisse, nous sommes dans le pire des cas – répondre à des besoins saisonniers … En effet, l’observation de l’ensemble des impulsions montre qu’elles se concentrent en été, en durée, de l’ordre de 80% d’entre elles; l’intervention des accumulateurs (ou d’autres sources) va donc devoir s’étendre sur des mois en mi-saison et en hiver, donc en Suisse de l’ordre de 20 TWH …

André Bovay-Rohr, Colombier (VD), le 21.11.2015, rév. le 24.11.2015

Commentaire

Cher Monsieur,

Selon L’OFEN les facteurs de capacité ont été les suivants en 2014
PV : 9.1%

Eolien : 19.1%

Nucléaire : 90,5% (exceptionnellement haut, il faut le remarquer, autour de 88-90% en général)

Adoptons 10% pour le PV et 20% pour l’éolien, ça simplifie les calculs

Ne nous arrêtons pas à la petite centrale de Mühleberg. La puissance installée totale du nucléaire  est de 3.28 GW, Sur toute l’année, et avec un facteur de capacité de 90%, il faudrait donc substituer une puissance moyenne de 3 GW environ.

PV

Lorsque le soleil est là il faut une capacité de 3GW pour fournir le courant aux consommateurs. Et en même temps une capacité de 9×3=27 GW pour alimenter un système de stockage (on ne peut pas stocker le PV la nuit, le nucléaire oui). Si le système de stockage/restitution cause des pertes de 15% il faudra 27/0.85= 31.8 GW de production PV et de pompage. La puissance obtenable en Suisse est d’environ 150 W/m2(calculé généreusement) ou 150 MW/km2. Il faudrait alors une surface de panneaux de (31.8+3)/0.15= 232 km2 (canton de Genève : 282 km2). Selon l’OFS en 2009 l’aire totale en bâtiments de la suisse était de 152 km2. Il faudrait donc que tous les toits, même ceux orientés au nord, soient équipés de panneaux et il manquerait encore 80 km2.

Éolien

Lorsque le vent souffle il faut une capacité de 3GW pour fournir le courant aux consommateurs, à 3MW par éolienne (très grosse) il en faut donc 1000. En même temps il faut 4×3=12GW pour alimenter un système de stockage. Avec pertes de 15% ce sont 12/0.85= 14.1 GW qui sont nécessaires, soit 4706 autres éoliennes de 3MW chacune. Les 5706 éoliennes devraient se répartir sur un territoire propice à capter le vent. Si c’est le 20% du territoire de la Suisse on en devrait occuper 8260 km2 soit 1.45 km2 par moulin ou une maille de 1200 mètres de côté. Il faut s’imaginer ça !

En réalité c’est un mix  entre PV et éolien qui devrait se réaliser, tout aussi géographiquement impossible.

La capacité totale de pompage en cours d’installation en Suisse est de 2.8 GW et ça pourrait monter à 4.5 GW si les projets du Grimsel et du Lago Bianco, étaient réalisés, mais ils sont contestés par les écologistes et par la finance.  En tous les cas c’est  bien trop faible pour relever le défi des énergies intermittentes. Et ne parlons pas de batteries, elles n’existent pas à cette échelle et les coût d’investissement seraient rédhibitoires.

L’autarcie électrique n’est pas pour demain et en attendant on se moque des gens en comptant bien importer du nucléaire français ou du charbon allemand (mais un jour eux non plus n’auront plus rien d’excédentaire).

Je vous souhaite un séjour hospitalier le moins désagréable possible et un bon rétablissement.

Michel de Rougemont, Kaiseraugst, le 21 novembre 2015

[ à propos d’utilisation d’accumulateurs à base de Ni-Cd, voir l’article …

   http://www.entrelemanetjura.ch/BLOG_WP_351/loptimisme-irrealiste-de-madame-leuthard/

… pour réaliser à quel point l’accumulation, par voie chimique (Li-ion est dans le même cas), d’électricité est hors de propos, en ce qui concerne le remplacement d’une centrale nucléaire.]

L’éditeur, le 24 novembre 2015

Commentaire

Cher Monsieur,

J’espère que la perspective du 3 décembre ne vous perturbe pas trop…

Merci de continuer avec nous cette lutte nécessaire contre la SE2050 mensongère.

Je n’ai qu’une ou deux remarques après votre commentaire posté ce jour :

– concernant l’éolien, un facteur de charge de 25% est encore trop optimiste pour la Suisse. La statistique 2014 de l’éolien donne seulement 19% (101 GWh produits avec un parc de 60.3 MWc qui n’a pas bougé durant l’année 2014 !). Donc il faudrait encore installer 30 fois ce parc, pour atteindre 1’873 MWc d’éolien pour remplacer Mühleberg (3’117 GWh), soit 936 machines à 2 MWc, ou 375 machines à 5 MWc, ou 234 gigantesques machines à 8 MWc… Sachant que la surface nécessaire par machine est de (5 d)^2, avec un diamètre de pales de 165 m, cela donne une aire de 0,825 km^2 par machine, soit un total de … 193 km^2, soit aussi une densité de puissance effective de 1.8 W/m^2, admettons ~2 W/m^2, comme on le fait en Angleterre, plus venteuse que nous (voir p. 265 du livre remarquable de David J.C. MacKay, lisible en ligne :

http://www.withouthotair.com/cB/page_265.shtml ) !

En comparaison, un EPR de 1.65 GWe produira ~12 TWh/an (avec ~83% de facteur de charge) et occupe une aire (tout compris) de ~1 km^2, soit une densité de puissance effective de 1.4 kW/m^2, soit 761 fois plus que l’éolien en Suisse.

– pour ce qui est du stockage, il faut retenir, avec un rendement total de ~64% (~80% au pompage x ~80% au turbinage), que pour chaque TWh effectivement disponible à pouvoir turbiner en hiver, il aura fallu stocker 1.56 TWh en été par pompage. De fait, le pompage actuel est seulement de 2.5 à 2.7 TWh au grand maximum qui redonnent 1.6 à 1.7 TWh.

Sachant que la consommation du pays (chiffres de 2014) est de 34 TWh en hiver et de 28 TWh en été, que la production hydraulique nationale est de 17 TWh en hiver et de 22 TWh en été, que la production nucléaire nationale est de 14 TWh en hiver et de 12 TWh en été, il est déjà patent qu’en hiver il nous manque 34 – 17 – 14 = 3 TWh qui sont importés, mais en été il y a actuellement 22 + 12 – 28 = 6 TWh en excès.

Quand tout le nucléaire national manquera, ce sera un manque de 34 – 17 = 17 TWh en hiver et de 28 – 22 = 6 TWh en été !

N.B. : en lisant la « Statistique suisse de l’électricité », il faut tenir compte que, jusqu’à 2012, les chiffres des TWh exportés et importés (de très grands chiffres) étaient des valeurs brutes (tout transit compris !). Dès 2013 ce sont dès lors des valeurs nettes. Mais les soldes, importateur ou exportateur, saisonnier et annuel, restent bien sûr les mêmes. Par exemple, en hiver 2013/14, on a importé net 20.1 TWh et exporté net 18.5 TWh, en été 2014, 17.3 TWh et 23.4 TWh, donc un bilan importateur en hiver de 1.6 TWh et exportateur en été de 6.2 TWh (chiffres pour l’hiver 2013/14 et l’été 2014). Mais pour l’année précédente, le solde importateur en hiver a été de 2.4 TWh et le solde exportateur en été de 4.1 TWh. Les années sont très variables : en hiver 2005/6, on avait eu un solde importateur de 6.9 TWh et, en été 2001, le solde exportateur avait été de 9.6 TWh !

Mais, pour assurer les futurs 17 TWh manquants de l’hiver il faudrait donc produire et stocker 1.56 x 17 = 26.5 TWh produits à partir d’autres NER (nouvelles énergies renouvelables) en été… et avoir aussi une capacité de pompage supplémentaire en été de 26.5 TWh et de turbinage supplémentaire de 17 TWh en hiver. La production estivale nécessaire par les autres NER, au-delà de l’hydraulique actuelle, serait de 6 + 26.5 = 32.5 TWh, à assurer, par exemple, par au moins 38 à 40 GWc de PV productifs en été ! En comparaison, la seule Grande Dixence représente ~2 TWh qui seraient turbinables en seulement 3 semaines avec un total de turbines pour 4 GW de puissance (le ruban suisse est de ~5 GW) ! Il en faudrait donc 8.5 !

Quelqu’un disait à Bruxelles que la Suisse pourrait être le stockage pour l’Europe… on voit qu’elle ne peut même pas l’être pour elle-même !

Avec tous mes bons voeux pour votre séjour hospitalier.

Bien cordialement,

Christophe de Reyff, Pensier, le 21 novembre 2015

Commentaire

Cher Monsieur Bovay,

Tout d’abord, mille voeux les meilleurs en vue de votre hospitalisation, que tout se passe bien pour vous et que vous nous reveniez en pleine forme; la question de l’énergie en Suisse a encore besoin de vous !

J’ai passé un peu de temps sur votre site hier : très intéressant et aussi sur le site junk science; mais pourquoi un tel mensonge sur les véritables effets de la radioactivité en 1946 et de la part d’un prix nobel en plus ! ce monsieur était-il payé par les pétroliers-charbonniers-gaziers qui avaient peur d’une énergie si puissante qui leur ferait concurrence ? Et pourquoi plus personne n’en parle aujourd’hui. Personnellement, je ne le savais même pas jusqu’à ce que, il y a quelques mois, vous me l’indiquiez dans un de vos mails.

Sur la production solaire – éolien en Suisse, j’allais vous faire la même remarque que Monsieur de Reyff : vos chiffres sont similaires aux chiffres gonflés de Suisse Eole qui prétend très sérieusement, et alors que ce sont eux qui gèrent le site officiel de la confédération wind-data.ch, que la production moyenne est 25%; non, c’est entre 18 et 20% pour l’éolien et pour le solaire, c’est plutôt entre 8 et 10%.

Le seul endroit où les éoliennes ont un facteur de charge supérieur à 2000 heures annuels, c’est le Coude du Rhône, endroit très particulier unique puisqu’il y a ce resserrement rocheux (probable ancien verrou glaciaire) qui concentre le vent à cet endroit précis et c’est le vent de la vallée du Rhône, beaucoup plus propice à l’éolien car non seulement plus fréquent, mais surtout régulier alors que le vent des crêtes du Jura est essentiellement en rafales irrégulières.

Ci-joint calculs que j’ai fait pour l’année 2014 à partir des chiffres de wind-data, sous réserve des erreurs que j’aurais pu commettre…. et que je vous remercie  par avance de me signaler.

Bien à vous et encore mille voeux de total rétablissement et le 3 décembre prochain, je penserai à vous.

fch

PS : par rapport à la Suisse, pile de toute l’Europe, voici la lettre de réponse de Steinmann en 2010; à cette époque, l’Ofen croyait encore qu’effectivement les barrages existants pourraient absorber et stocker toute l’électricité non utilisable faute de demande; régulièrement en Allemagne, non seulement ils sont contraints d’évacuer de grosses quantités d’électricité dans les pays voisins gratuitement, mais en plus ils sont obligés de payer pour que les voisins acceptent !!! Les électriciens allemands se souviendront longtemps d’une nuit d’octobre 2009 ou 2010; ils ont dû payer les voisins 500 euros du mw/h et ce en plus de leur donner le courant. Les laisser tourner coûte moins cher que de les arrêter et quand on les arrête, on perd l’argent du rachat. Voir:

http://www.entrelemanetjura.ch/BLOG_WP_351/echange-de-correspondance-avec-la-confederation-detec-ofen/

PS 2 à relever encore que pour l’éolienne du Griess, pour laquelle la production promise était de 3 millions de kW/h, (étude préalable faite par New Energy Scout, Peter Schwer, membre du comité de Suisse Eole) elle n’a produit que 1,8 millions en 2014; mais qu’à cela ne tienne : un permis de construire a été obtenu pour en installer trois autres dès le printemps 2016 (source site de Suisse Eole), la preuve qu’on ne met pas des éoliennes pour faire de l’électricité mais avant tout pour faire de l’argent avec les subsides garantis pour 25 ans. En effet, les trois éoliennes du Peuchapatte qui ont été mises en service le 1er décembre 2010, percevront les subsides jusqu’au 31 décembre 2035…. si les petits cochons ne les ont pas mangées d’ici là !

Pour le Griess, la production est ridicule, les problèmes de givrage sont présents une bonne partie de l’année, mais comme ils ont réussi à obtenir une prime supplémentaire pour les machines implantées à partir de 1700 m d’altitude, il n’y a pas de raison d’en profiter.

Fabienne Chapuis Hini, Montagnes de Buttes, le 24 novembre 2015

Complément d’article

Le parc éolien du Mont-Crosin montre ces 3 dernières années un facteur de charges de 1’600 heures/an (±20%): c’est ce qui amène ici à recalculer le processus (comme le 5.8.2014: les données de terrain le commandent).

Remplacement direct de Mühleberg nucléaire: 373 MW statistiquement pendant les 1’600 heures (soit environ 18% du temps, un peu plus de 2 mois) avec production à pleine puissance nominale des éoliennes.

Arrêts : les 730 heures d’un mois, comme pour la centrale nucléaire à remplacer.

Turbinage (utilisation des accumulateurs): 373 MW statistiquement pendant les 6’430 heures (un peu moins de 9 mois) sans production.

Accumulation = (373 x 125% x (6’430/1’600))  = 1’874  MW , puissance absorbée pendant les 1’600 heures de production par un accumulateur hydraulique, pour les 6’430 heures sans production, en incluant les pertes.

Puissance des éoliennes et autres parcs = (Remplacement direct + Accumulation)  =  2’247 MW

Conclusion: il y aurait donc besoin de 1’124 éoliennes ou parcs photovoltaïques de 2 MW en état de marche pendant 1’600 heures/an en moyenne, pour fournir la puissance requise pour le remplacement de la plus petite de nos centrales nucléaires. Mais nous n’avons en Suisse aucun groupe de barrages, ni n’aurons physiquement (avec capacité des lacs supérieurs suffisante) aucun projet de cette envergure, capables de fournir en temps réel l’accumulation requise. Par ailleurs, on a déjà vu que les accumulateurs chimiques n’entrent pas en ligne de compte pour accumuler 3 TWh …

Voir la documentation sur le système en finition Hongrin-Léman à 480 MW   Accumulation d’électricité

André Bovay-Rohr, Colombier (VD), le 7 juin 2016

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